Avis du blog Un chocolat dans mon roman

L'avis du blog «un chocolat dans mon roman»

Côté face - Anne Denier

Publié le 5 mai 2012




L'histoire : "J'étais en retard ". Aussitôt elle s'agite, cherchant la chaussure qui lui manque pour se rendre au lycée. D'une pièce à l'autre, elle comprend que le coupable n'est autre que le chien de son frère et le retrouve en effet, sous le lit, entre plumes et tissus déchiquetés. En trombe ,elle sort de chez elle et se dirige vers le tram de Montpellier. C'est alors qu'elle croise son regard. Le temps se fige... puis repart. Elle réalise alors qu'il ne la regardait surement pas pour ses beaux yeux mais...pour les plumes qui parsèment ses cheveux, restes d'une bataille matinale avec le cabot de son frère. Pourtant elle ne parvient pas à l'oublier et, après une nuit agitée, reprend le chemin du lycée en le cherchant du regard. Pourquoi pense-t-elle à lui ? Pourquoi le cherche-t-elle ainsi? Qui est-il ? Ses yeux tombent aussitôt sur une photo collée sur la vitre du tram : c'est elle, avec ses plumes dans les cheveux ! Au dos une inscription : "L'Oeuf, 12h30". Un rendez-vous intrigant qu'elle n'honorera pas, ses amis la persuadant qu'il s'agit d'un pervers.Encore une nuit agitée en perspective, elle se lève mais, heurtant le chien couché devant elle, dévale l'escalier et sombre dans l'inconscience. Le réveil est brutal : elle a tout oublié, son identité, ses parents. Seul le souvenir de la photo la renvoie à la réalité. Les images s'emmêlent dans son esprit. Comment dénouer le vrai du faux ? Pourquoi ces flashes étranges qui semblent ne correspondre à aucune réalité? Cela ne colle pas; elle se croit folle. C'est en cours d'allemand qu'elle comprendra que ce qu'elle croit être une hallucination est bien en elle : "Inconsciemment, sans m'en rendre compte, mon esprit glissa dans les méandres de ma mémoire. Je remontai péniblement le fil de ce souvenir. J'aboutis dans un théâtre. A Berlin." Ce n'est que le lendemain, lorsqu'elle croisera à nouveau ce jeune homme et criera son nom ,"Nebel",alors qu'elle n'est pas sensée le connaitre, qu'elle commencera à comprendre... Et si finalement elle était allée à ce rendez-vous ?

En vrac et au fil des pages : Côté face est le premier roman d'Anne Denier , version papier, car la dame écrit tout de même beaucoup. Auto-publié, il n'est pas facile à trouver (rendez-vous ici pour le commander).Néanmoins, Anne Denier ayant eu la gentillesse de me confier le deuxième tome dans le cadre d'un partenariat livraddict (billet à venir !) je me devais de commencer l'aventure romanesque par celui-ci.

Débarrassons-nous des petites choses qui fâchent tout de suite : j'ai été un peu  contrariée de trouver des fautes dans ce roman. Certaines sont des coquilles, d'autres des erreurs d'expression. Le petit comité de relecture a probablement été happé par l'histoire au point d'en perdre ce qui peut apparaitre comme des détails !  Mais, que voulez-vous, on ne se refait pas, les fautes de langage freinent ma lecture. Nul doute que lorsque le roman sera publié chez un éditeur tout cela disparaitra.Voici pour la forme.

Pour ce qui est de l'histoire en revanche, j'ai été ensorcelée par ce récit extrêmement dense et prenant, au point que j'ai hâte de finir le deuxième tome. Pourtant ce n'était pas gagné car je dois dire que la couverture m'a ,tout à la fois, intriguée et refroidie "J'étais en retars et si ce n'avait pas été le cas je n'aurais jamais pris ce tram et jamais je ne l'aurais rencontré. Lui. Celui qui allait détruire ma vie en réveillant une mémoire qui sommeillait en moi et dont j'ignorais l'existence. Un autre côté de moi-même." Te séduire, t'emmener, te torturer, te violer et t'assassiner". J'avais une vie".

La plume d'Anne Denier est à ce point sûre qu'elle nous fait passer par toutes les émotions: colère, tristesse, angoisse... autant dire que l'on vit l'histoire en même temps que l'héroine. En même temps est bien le mot car, malgré mes craintes, le découpage des chapitres entre le temps présent et les retours dans un passé lointain ( fin XVIII°S, début XIX°S) ne gâche en rien le plaisir que l'on prend à lire et à découvrir au fil des pages les rebondissements du récit. Loin de nous entrainer dans une narration linéaire, Anne Denier a rendu le récit plus complexe, au sens positif du terme, en livrant au lecteur, par petites touches, les éléments clés de l'intrigue. Ainsi il faut attendre les dernières pages pour voir révélée l'origine de l'histoire, la source de toute chose.

Rebondissements savamment orchestrés je dois dire et les coups au coeur sont nombreux. L'auteur a su ,en effet, ménager un suspense insupportable ! Il me semble que l'on ressent bien les tiraillements de l"héroine entre celle qu'elle est et celle qu'elle fut. Les époques se superposent , couches successives de souvenirs, alors même que Hyla vit en elle. L'accepter ? La rejeter ? Le corps souffre de tant de questionnements, d'assauts physiques et l'angoisse est transmise au lecteur qui a hâte d'abréger par sa lecture les souffrances de l'héroine. J'avoue avoir été surprise par certains dévoilement que j'aurais du voir venir !

Je dirais que ce roman est très visuel et se prêterait par exemple fort bien à une adaptation cinématographique ( même si je n'aime pas cela !), ceci pour vous faire comprendre combien les descriptions sont importantes sans être trop longues, les rebondissements haletants et le rythme soutenu. L'époque de référence est à ce titre particulièrement bien choisie puisque se prête à des descriptions sensibles des toilettes et coiffures d'Hyla, toutes plus sublimes les unes que les autres.

Une héroine sans nom. D'ailleurs qui porte un nom dans ce roman ? Seuls les fantômes du passé sont nommés :Hyla, Côme, Nebel. Pour ce qui est du présent Anne Denier a fait le choix de ne pas les incarner en une identité qui mettrait sans doute au second plan les personnages importants. Je dois dire que ce choix surprenant ne freine pas la lecture bien que cela ait du être par moment un casse- tête pour éviter les répétitions ( tiens, une question à poser à l'auteur !). Un côté pile donc qui subit l'assaut des souvenirs et  un côté face qui ne veut pas mourir et les fait ressurgir.

Le mythe de Faust sous-tend la trame du roman, lui donnant de l'épaisseur et une richesse qui évoque immédiatement le pacte avec le diable, le fantastique, le côté troublant et tout aussi inquiétant de l'immortalié. En même temps le roman touche à une croyance , vivre et renaitre, qui ne peut laisser indifférent.

La question qui me taraude est la suivante : comment se fait-il qu'une femme de 40 ans ( moi en l'occurrence) ait pu ainsi se sentir proche de l'héroine ( adolescente) ? Je crois que la réponse réside justement dans les sauts dans le passé qui nous dévoilent une jeune femme dans un décor plus classique, historique même. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié les références érudites aux mouvements culturels de l'Allemagne du début XX°S, des pièces de théâtre aux partitions musicales. Pour cela il me semble que ce roman sera lu avec autant de bonheur par de jeunes adultes que par des lecteurs plus" expérimentés" (ouf, je m'en sors avec une pirouette !).

Le petit plus : les extraits de l'Elegie de Marienbad de Goethe qui s'insèrent entre les chapitres et le final sous la plume de Friedrich Schiller, de toute beauté.


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