Guestpost sur le blog Between dream and reality

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Anne Denier est l’auteur de l'envoûtante saga Côté face. Les deux premiers tomes sont déjà parus : Côté face et Noces de LuneCôté face sera réédité très prochainement.

 
 
Saga Côté face
 
 
Présent
18 décembre
Montpellier
 
Je poussai la porte vitrée du hall de la gare, un vent piquant et humide me fouetta le visage quand je fis quelques pas dehors. Cinq mois après avoir passé cette même porte pour quitter la ville, je revenais.
Seule.
J’observais la rue, les colonnades de la gare, les pavages bleutés, les rails incrustés dans la chaussée et luisants sous la lueur des lampadaires, l’alignement des palmiers de la rue de Verdun, les frondaisons du square... Je fermai les yeux. Derrière moi, résonnaient les annonces et le grondement des trains ; devant le bruissement des arbres, les murmures de la circulation et le brouhaha des piétons.
J’inspirai profondément l’air froid.
L’odeur familière de la ville réveilla les souvenirs de mon enfance, de ma vie insouciante, de cette tranquille normalité que j’avais perdue.
Tintement.
Chuintement.
J’ouvris précipitamment les yeux. Tout proche, un tramway bleu à motif d’hirondelle blanche quittait son arrêt. Mon sang se figea, l’air devint épais, irrespirable. Mon cœur se serra.
Douleur.
Comme un coup de poignard en pleine poitrine, ouvrant des blessures à peine cicatrisées, le tram passa à quelques mètres de moi. C’était dans une rame comme celle-là que tout avait commencé, car j’étais en retard, car nos chemins s’étaient croisés, un matin.
Te séduire.
Nauséeuse, tremblante, je revécus un instant ce moment fugace, ce premier regard qui n’avait duré qu’une fraction de seconde.
Le tramway s’éloigna dans un murmure. J’avais su dès mon départ de Hambourg que revenir dans cette ville serait difficile, mais je n’avais pas compris à quel point. Une goutte d'eau s’écrasa sur ma joue. Je levai les yeux vers le ciel.
La nuit.
Instinctivement, je posai la main sur mon épaule.
La peur.
Les souvenirs de cette nuit d’avril remontèrent, la course dans les ruelles, la pluie battante, l’éclat de la lame d’acier qui s’élève.
T'emmener
Le goût du sang.
Te torturer
Je sursautai et revins brutalement au présent. Je ne pouvais pas rester planter là, pas si proche de la fin du voyage. Je me dirigeai vers l’arrêt de tram.
Rentrer chez moi.
Malgré tout.
Te violer
Oublier.
Je montai sur le quai, achetai un ticket à l’automate et m’assis sur le banc, raide, prête à bondir à tout instant. J’observai les gens qui allaient et venaient. Comment réagirais-je si on me reconnaissait ? Si je reconnaissais quelqu’un ?
Le tramway arriva, s’arrêta. Mon regard passa d’une fenêtre à l’autre, tandis que je me dirigeais vers la porte la plus proche et appuyais sur le bouton d’ouverture. Mon cœur me faisait mal, ma respiration était laborieuse. Je déglutis difficilement.
Hors de question de reculer !
J'allai m’asseoir à l’avant de la rame, dos à la vitre, et observai chaque voyageur. Huit hommes, cinq femmes, certains les yeux rivés à l’écran de leur téléphone, d’autres plongés dans le paysage, une jeune fille lisait un épais roman, un retraité somnolait. Pas un seul n’avait fait attention à moi. Pourquoi l’aurait-il fait ?
Un arrêt passa.
Une vieille dame descendit, trois adolescents braillards montèrent. Leur visage avaient quelque chose de familier qui me mit mal à l’aise. Ils restèrent debout, gesticulant, riant, s’amusant à se lancer je ne sais quoi. Leur jouet vint s’écraser contre le panneau d’affichage juste à côté de moi.
Mon regard ne suivit pas l’objet jusqu’au sol, une image fixée sur la paroi l'avait arrêté avant.
Oh mon Dieu !
Ma photo.
AVIS DE RECHERCHE
Mon nom.
Disparue le 9 août à Montpellier
18 ans, 1,72m, cheveux noirs, yeux marron, peau mate.
Si vous possédez la moindre information, contactez la Police de Montpellier :

Un numéro de téléphone.
Mon sang s’était cristallisé dans mes veines, j’oubliai de respirer. Je m’étais transformée en statue de sel, foudroyée par un retour à la réalité brutal.
Et t'assassiner.
Incapable de réagir, je vis l’adolescent s’approcher, ramasser son jouet et le lancer à ses amis en criant. Il ne m’adressa pas un regard. Ni à moi, ni à la photo placardée là.
Le visage de ma mère, puis de mon père m’apparurent, la culpabilité m’écrasa. Je suffoquai. En partant ce matin d’août, pas une minute je n’avais pensé à eux, ni aux conséquences, j’avais juste pensé à moi.  Je m’étais enfuie, j’avais couru après une chimère.
Avaient-ils la moindre idée de l’inutilité de cette affiche ?
J’avais passé cinq mois entre Berlin, Prague et Hambourg, avec des personnes d’une autre époque, au cœur d’une vengeance vieille d’un siècle, dans la vie d’une autre, il y a longtemps.
Un arrêt me fit revenir à la réalité.
Deux hommes descendirent, l’adolescente qui lisait, excédée par le vacarme du groupe de jeunes, changea de place et vint s’asseoir à à peine un mètre de moi, juste devant le panneau d’affichage. Elle ne me jeta pas un regard, ne prêta aucune attention à l’avis de recherche.
Pardon papa et maman ! La fille prodigue revenait, j’étais redevenue moi-même et rentrais à la maison.
L’adolescente replongea dans son livre. La couverture représentait une femme ailée.
Un ange ?
Un téléphone sonna. Le demoiselle posa son ouvrage à cheval sur sa cuisse et tira son portable de sa veste. Elle pianota un instant avant de reprendre sa lecture.
Nouvel arrêt.
Le groupe d’ados descendit, ainsi que deux hommes. Un couple et une jeune femme montèrent.
Le calme revint. Je jetai un œil par la fenêtre. Des pères Noël pendaient aux façades, des guirlandes lumineuses zébraient la rue… Des gens allaient et venaient, des voitures circulaient. Nous ralentîmes, la voie formait un coude à cet endroit là. Nous passâmes devant une boulangerie puis un coiffeur. Je me levai en apercevant le portail bleu du N°28.
Rien n’avait changé, absolument rien.
Je m’approchai de la porte juste avant que le tram s’arrête. La fille au livre me rejoint et nous sortîmes ensemble avant de prendre un chemin différent. Je descendis la rue, traversai, m’engageai dans une autre. Inconsciemment, je ralentis le pas jusqu’à atteindre la complète immobilité devant le parking du cabinet médical de mon père, pétrifiée face à la maison où j’avais grandi.
De la lumière perçait par la fenêtre de la cuisine, je voyais des ombres mouvantes derrière les rideaux, je reconnus la silhouette de Maman.
J’hésitai.
En quittant Hambourg, j’avais décidé de leur raconter toute la vérité, toute l’histoire depuis la rencontre dans le tram : les cauchemars, pourquoi on avait voulu me tuer, qui était l’homme de l’ascenseur…
Tout
Même s’ils devaient me faire interner ensuite, rien ne pouvait être pire que ce que j’avais déjà vécu.
Mais, pour commencer, je devais avancer et sonner à la porte. Qu’allai-je leur dire ? Coucou, c’est moi ?
Je pris une grande inspiration, serrai les dents et les poings. J’avais trop fait souffert ma famille pour m’enfuir à nouveau, pour les faire attendre d’avantage.
Mes pieds de plomb, les jambes raides, les ongles enfoncés dans mes paumes, en apnée, je traversai la maigre distance qui me séparait de la porte décorée d’une couronne de Noël. Lever la main, sonner, me demanda un effort surhumain.
Le chien de mon frère aboya, ma mère lui ordonna sèchement de se taire. Sa voix me fit monter les larmes aux yeux. Je me mordis la lèvre, baissai le regard pour me donner le courage de ne pas m’enfuir. J’avais si honte.
La clef tourna dans la serrure.
Mon cœur manqua un battement.
La porte s’ouvrit.
« Bon… »
Maman ne put terminer son mot. Je me forçai à lever les yeux, à la regarder en face. Elle était pâle, émaciée, pétrifiée par la surprise.
Le silence dura une seconde encore, elle avait du mal à réaliser que j’étais là, devant elle. Soudain elle poussa un cri strident, se jeta sur moi, m’attrapa et me serra contre elle à me briser les os.
— Ma chérie ! Oh mon dieu, tu es là, tu es vraiment là !
Elle pleurait et criait à la fois.
— Où étais-tu ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
 
Ça, c’était une longue histoire.
 
Tome 1 : Côté face
Tome 2 : Noces de lune
Tome 3 : Petite Rose
Tome 4 : Chanson d’enfant

Site web de l'auteur : http://coteface.e-monsite.com

Vous pouvez également suivre toute l'actualité de la saga en rejoignant la page Facebook qui lui est consacrée ici.  

 
 
 
 
 
 
 
 
 


 






Merci à Anne Denier pour ce guest post. Vous pouvez gagner ce magnifique bracelet et cette superbe broche accompagnés de leur jolie boite ainsi que des marques pages. Le concours est ouvert à la France Métropolitaine uniquement et se termine le 1er Octobre.

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