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Côté face, Anne Denier

publié le 21 août 2011

 

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J'ai rarement éprouvé autant de difficultés à chroniquer un roman que pour Côté Face (trop d'émotions contradictoires)! Mais essayons...

Je peux dire d'emblée que c'est un beau livre, un beau roman mais ce n'est pas une belle histoire! C'est trop sombre et dérangeant par moment pour l'être. Mais cela n'empêche pas ce livre d'être bourré de qualités, et pas des moindres.

L'histoire d'abord. Un matin, une jeune fille (et j'insiste bien sur cet anonymat et sur le fait que je ne donne pas de prénom) de terminale tout à fait "normale" se prépare à aller au lycée. Mais ce matin là, à cause du chien de son petit frère, elle est en retard. Dans le tramway, elle se rend compte qu'un homme la regarde fixement en lui souriant et ne peux s'empêcher d'en être profondément troublé. Elle n'y repense pas plus que ça dans la journée, mais cette nuit là elle fait d'étranges cauchemars où il apparaît et à son réveil il devient une obsession. En prenant le tramway, elle espère le revoir, mais à la place elle découvre scotchée à l'endroit où elle se tenait la veille une photo d'elle avec écrit au dos un lieu et une heure de rendez-vous. Tous ses amis la dissuadent de s'y rendre. Et s'il était un psychopathe et un violeur? Elle n'y va pas et une part d'elle le regrette. Dans la nuit, elle a un grave accident chez elle et se retrouve hospitalisée. A son réveil, tout est différent, elle ne sait plus qui elle est et récupère même des souvenirs qui ne semblent pas être les siens. Et puis il y a toujours ce garçon qu'elle revoit sans cesse dans sa tête, dans ce qui semble être des souvenirs, avec un nom surgit de nulle part: Nebel. Mais plus la jeune fille essaye de distinguer le vrai du faux, de comprendre l'origine de ses visions, et plus tout se complique. Et quand elle revoit "Nebel", il ne trouve rien de mieux à lui répondre quand elle lui demande la raison de sa présence: "Je voulais te séduire, t'emmener avc moi, te torturer, te violer et abandonner ton cadavre dans ton fossé". Une phrase bien plus lourde de sens qu'elle ne le pensait....

J'ai rarement lu un livre aussi bien écrit. Anne Denier fait montre ici de beaucoup de talents. Son écriture est fine, intelligente et profonde. Tout est bien pensé. Tout est à sa place, tant dans le fond - les vers de Goethe ou de Schiller par exemple - que dans la forme - les répétitions de mots, d'expressions, la mise en page particulière... On sent que derrière ce livre il y a beaucoup de travail, beaucoup de passion et beaucoup de réflexion.

C'est aussi une histoire profondément originale. A la lecture de la quatrième de couverture ou encore du résumé que j'ai fait plus tôt, on pense tout de suite à une histoire d'amour. C'est le cas bien sûr. Mais celle-ci n'a rien de classique ou de prévisible. En fait, la quasi-totalité du roman est très sombre et paraît très confus tout en étant très clair. On a l'impression d'évoluer dans un cauchemar. Celui de la jeune fille, qui peine à distinguer ses visions et ses sensations de la réalité. Son côté pile et son côté face. Cauchemar de son passé et cauchemar de son présent. Que vient encore renforcer l'anonymat des personnages, l'absence de noms. Seuls trois prénoms apparaissent dans le roman: Hyla (le nom de la jeune fille dans ses visions), Nebel et Côme (un autre personnage important de ses visions). Tous les autres sont présentés de façon impersonnelle (ma mère, mon père, mon frère, ma meilleure amie) ou avec des surnoms - que j'ai beaucoup aimé d'ailleurs (Son altesse, Monchéri-moncoeur, Quasimodo, Alter-Ecolo, N°1, N°2....).
Cette imprécision et cette atmosphère pesante peuvent sembler parfois déconcertantes, voire limite dérangeantes. Mais on ne peut nier que ça rajoute vraiment de la profondeur au récit.

Et juste parce que ce livre m'a fait frémir mais aussi sourire, voire rire (l'humour est d'une finesse incroyable et vient toujours à point nommé), je me permet de mettre ce petit extrait très amusant et qui me parle tout particulièrement!

"Tartine dans une main, je pris le livre de l'autre et en découvris enfin le titre.
Une valse avec le prince.
Mais ce titre déjà plein de romantisme sirupeux étit sans intérêt aucun, d'ailleurs le nom de l'auteur était écrit quatre fois plus gros et en lettres majuscules.
CARTLAND
Mais ça je le savais déjà, tous les livres à la couverture jaune que je stockais dans un coin de ma chambre étaient des Cartland et il devait y en avoir une centaine. Mon adorable grand-mère me les fournissait de manière régulière. Techniquement elle s'en débarrassait après les avoir lus, jugeant que sa petite-fille avait grand besoin de ce genre de lecture. Bilan à chacune de ses visites, j'en récupérais une demi-douzaine.
Je n'étais pas sûre de comprendre ce que mamie voulait dire par "en avoir besoin" et il était heureux que je ne sois pas diabétique pour pouvoir ingurgiter une telle quantité de guimauve. Barbara Cartland était à la littérature ce que McDonald était à la diététique. Facile à avaler, sans surprise, engluant le coeur et provoquant le ramollissement cérébral. C'étaient des livres capables de vous faire un lavage de cerveau sans avoir recours à la violence.
Je mordis dans ma tartine et ouvris le livre. Je parcourus rapidement les premières pages. L'héroïne était la nièce de la petite-fille de la belle-soeur du beau-frère de la cousine par alliance de la filleule de la reine Victoria, blonde, cultivée, parlant au moins dix langues étrangères et elle était incoyablement cruche. Elle avait un nom effroyablement compliqué qui rimait avec sparadrap.
J'attaquais ma deuxième tartine en découvrant que la pauvre Sparadrap se retrouvait fiancée par sa... par la reine à un obscur prince des Balkans.
Je sirotai mon café à petites gorgées en faisant la connaissance du baron Von Pasgentil." p. 116-117.

Et je finirais par une interrogation: ce livre a été auto-édité, serait-ce qu'il a été refusé par les éditeurs?!?! Incompréhensible...

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